La prochaine crise financière n’est pas loin

Par Gail Tverberg
2 juillet 2017

Un groupe espagnol appelé « Ecologistas en Acción » (Écologistes en action) m’a récemment demandé de lui faire une présentation sur le type de crise financière à laquelle il faudrait s’attendre. Ses membres voulaient savoir quand et comment elle se produirait.

La réponse que je leur ai apportée est qu’il faut s’attendre à un effondrement financier à brève échéance – peut-être dès les prochains mois. Notre problème est lié à l’énergie, mais pas de la manière dont l’imaginent la plupart des avocats du pic pétrolier. Il est beaucoup plus lié à l’élection du président Trump et du vote en faveur du Brexit.

J’ai déjà évoqué ce sujet sous diverses formes, mais pas depuis la publication des données de production et de consommation d’énergie pour 2016. La plupart des diapositives de cette présentation utilisent les nouvelles données de BP qui courent jusqu’en 2016. Une version PDF et en anglais de la présentation est également accessible via le lien La prochaine crise financière1.

Diapositive 1 La prochaine crise financière Gail Tverberg – Ecologistas en Acción 26 juin 2017

Diapositive 1

La plupart des gens ne comprennent pas la manière dont l’économie mondiale est interconnectée. Tout ce qu’ils comprennent, ce sont les connections basiques que les économistes intègrent dans leurs modèles.

Diapositive 2 L’économie est un système autoorganisé qui semble croître par lui-même A peu à peu été construit par l’ajout d’entreprises, d’administrations, de consommateurs et de lois De nouveaux biens et services sont créés, remplaçant les précédents Leonardo Sticks, http://www.rinusroelofs.nl/structure/davinci-sticks/gallery/gallery-01.html

Diapositive 2

L’énergie est absolument essentielle à l’économie, car c’est ce qui permet de déplacer les objets, et ce qui fournit la chaleur nécessaire aux processus industriels et à la cuisson des aliments. L’énergie se présente sous de nombreuses formes, y compris la lumière du soleil, l’énergie humaine, l’énergie animale ou encore les combustibles fossiles. Dans notre monde actuel, ce rend possible tout que nous appelons les « nouvelles technologies », c’est l’énergie qui se présente sous forme d’électricité ou de pétrole.

Dans la diapositive 2 ci-dessus, je représente l’économie comme une structure creuse, car les hommes n’ont de cesse d’ajouter de nouvelles couches économiques par-dessus les précédentes. À mesure que de nouvelles couches (y compris de nouveaux produits, de nouvelles lois, de nouveaux consommateurs) sont ajoutées, les plus anciennes sont supprimées. C’est pourquoi revenir à une approche énergétique plus ancienne n’est pas forcément possible. Par exemple, si les voitures devenaient inutilisables, revenir au transport équestre serait difficile. Cela s’explique en partie parce que les chevaux sont actuellement en nombre très insuffisant. De plus, nous ne disposons pas dans nos villes des infrastructures permettant de « stationner » les chevaux et de gérer le fumier si tout le monde va au travail à cheval. On se retrouverait avec une pagaille particulièrement puante !

Diapositive 3 Une économie peut s’effondrer, si les conditions ne sont pas bonnes De nombreuses économies du passé se sont effondrées 0 30 60 90 120 150 180 210 240 270 300 330 Croissance > 100 ans Stagflation 50–60 ans Crise 20–50 ans Intercycle Forme d’un « cycle séculaire » typique Années à partir du début du cycle D’après l’analyse des chercheurs P. Turchin & S. Nefedov dans Secular Cycles

Diapositive 3

Dans l’histoire, de nombreuses civilisations locales se sont développées pendant un temps avant de s’effondrer. En général, le fait qu’un groupe trouve un moyen de produire plus de nourriture (par exemple, en coupant les arbres pour accroître les surfaces exploitables) ou d’augmenter la productivité (comme par exemple en généralisant l’irrigation), la croissance se poursuit d’abord durant un certain nombre de générations, jusqu’à ce que la taille de la population atteigne la nouvelle capacité des terres à la soutenir. Souvent, à ce moment-là, les ressources commencent elles aussi à se dégrader – par exemple, l’érosion des sols peut devenir un problème majeur.

À ce stade, le groupe cesse de se développer, et les disparités salariales tout comme les dettes croissantes deviennent des problèmes majeurs. Et à moins que le groupe ne trouve un moyen d’augmenter la quantité de nourriture et des autres biens dont il a besoin et qu’il produit chaque année (par exemple, en récupérant de la nourriture et d’autres matériaux d’autres territoires situés ailleurs dans le monde, ou en faisant une autre civilisation locale et de prendre Leurs terres), la civilisation se dirige vers l’effondrement. Nous avons récemment essayé la mondialisation, les exportations de la Chine, de l’Inde et d’autres pays asiatiques alimentant la croissance économique mondiale.

Il arrive un moment où les efforts pour continuer à faire croître l’économie au même rythme que la population en croissance finissent par ne plus faire d’effet, et un effondrement survient. L’une des raisons qui explique cet effondrement est le fait que la structure politique n’arrive plus à percevoir assez de recettes fiscales, parce que, du fait de disparités salariales croissantes, bon nombre des travailleurs ne peuvent plus se permettre de payer beaucoup d’impôts. Un autre problème qui apparaît est une plus grande sensibilité de la population aux épidémies, car le revenu après impôt de nombreux travailleurs ne suffit plus pour pouvoir se permettre un régime alimentaire adapté.

Diapositive 4 Exemple : L’union soviétique s’est effondrée en 1991, abandonnant ses pays membres Voici leur consommation d’énergie après l’effondrement 2016 : la consommation d’énergie totale a baissé de 0,2% millions de tonnes équiv. pétrole Ex-Union soviétique : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 4

Nous avons récemment été les témoins de l’effondrement partiel d’une civilisation locale, celui de l’Union soviétique, en 1991. Lorsqu’il s’est produit, le gouvernement de l’Union soviétique a disparu, mais les gouvernements des États individuels qui composaient l’Union soviétique ont subsisté. La raison pour laquelle je qualifie cet effondrement de partiel est que le reste du monde a continué à tourner, que, par conséquent, presque toute la population a continué à vivre, et que la chute de la consommation de combustibles n’a été que partielle. Au final, les différents pays membres de l’ex-URSS ont pu continuer à fonctionner séparément.

Notez que lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les consommations de charbon, de pétrole et de gaz naturel se sont elles aussi effondrées en même temps, et qu’elles sont restées à un niveau bas des années durant. Les consommations de pétrole et de charbon ne sont jamais revenues à des niveaux proches de ceux d’avant l’effondrement. Alors que l’Union soviétique était à la fois un producteur mondial majeur de biens manufacturés et un leader en matières de technologies spatiales, son effondrement lui a fait perdre ces deux rôles, qu’elle n’a jamais retrouvés depuis. Elle a perdu de nombreux types d’emplois plutôt bien rémunérés, ce qui a conduit à une moindre consommation d’énergie.

Diapositive 5 L’Union soviétique était exportatrice de pétrole et s’est effondrée quand les prix du pétrole étaient bas Prix et production de pétrole de l’ex-Union soviétique Millions de tonnes équivalent pétrole Prix du pétrole hors inflation en dollars de 2014 Production Prix

Diapositive 5

À ma connaissance, l’un des principaux facteurs ayant contribué à l’effondrement de l’Union soviétique a été le bas prix du pétrole. L’Union soviétique était exportatrice de pétrole. À mesure que les prix du pétrole baissaient, le gouvernement soviétique a vu ses recettes fiscales diminuer, jusqu’à devenir insuffisantes. Ce fut là un facteur majeur de son effondrement. L’effondrement ne fut pas immédiat : il a fallu plusieurs années de prix bas du pétrole pour qu’il finisse par se produire. Il s’est écoulé 5 ans entre le moment où le prix du pétrole fut le plus élevé (1981) et celui où il atteignit son point bas (1986), et 5 ans de plus entre ce moment et celui où l’URSS s’est effondrée (1991).

Diapositive 6 Le Venezuela est aujourd’hui un pays exportateur de pétrole qui a des problèmes – alors que les prix sont à nouveau bas 2016 : la consommation d’énergie totale a baissé de 5,2% millions de tonnes équiv. pétrole Venezuela : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 6

Le Venezuela fait régulièrement les gros titres parce qu’il est incapable de se permettre d’importer assez de nourriture pour nourrir sa population. La diapositive 5 montre que, défalqués de l’inflation, les prix mondiaux du pétrole ont atteint un maximum en 2008 et un second maximum en 2011. Après 2011, les prix du pétrole ont commencé par baisser très lentement, avant de chuter nettement en 2014. 9 ans se sont désormais écoulés depuis le pic de prix de 2008, 6 ans depuis le pic de prix de 2011, et environ 3 ans depuis le début de la forte chute des prix en 2014.

L’une des raisons des problèmes du Venezuela est que, avec des prix bas du pétrole, le pays s’est retrouvé dans l’incapacité d’obtenir des recettes fiscales suffisantes. En outre, sa monnaie s’étant dépréciée, le Venezuela a rencontré des difficultés accrues pour s’acheter sur les marchés internationaux la nourriture et les autres produits dont sa population avait besoin.

Notez que dans les diapositives 4 et 6, je montre la quantité d’énergie consommée par l’Union soviétique et le Venezuela. Cette quantité consommée correspond à la quantité de produits énergétiques que les particuliers, les entreprises, et les administrations publiques peuvent se permettre de payer. C’est pourquoi, aussi bien dans la diapositive 4 que dans la diapositive 6, les quantités des différents types de produits énergétiques ont toutes tendance à diminuer en même temps. Le problème du niveau de prix abordable affecte en même temps tous les types de produits énergétiques.

Diapositive 7 Les pays importateurs de pétrole peuvent rencontrer des problèmes quand les prix du pétrole sont trop élevés 2016 : la consommation d’énergie totale a baissé de 2,4% millions de tonnes équiv. pétrole Grèce : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 7

Lorsque les prix du pétrole augmentent, les pays importateurs de pétrole peuvent rencontrer des problèmes tout à fait similaires à ceux que rencontrent les pays exportateurs de pétrole lorsque les prix du pétrole chutent. La consommation d’énergie de la Grèce a atteint un maximum en 2007. L’un des principaux produits de la Grèce est le tourisme, et le coût du tourisme dépend du prix du pétrole. Les prix élevés du pétrole entre 2005 et 2011 ont eu des conséquences négatives sur le tourisme. Les biens qu’elle exportait sont eux aussi devenus coûteux sur les marchés mondiaux. Lorsque les prix du pétrole ont chuté (en particulier depuis 2014), le secteur du tourisme a eu tendance à rebondir, et la situation financière du pays s’est améliorée. Mais la consommation totale d’énergie a toujours tendance à diminuer (graphe de gauche sur la diapositive 7), ce qui indique que le pays ne va toujours pas bien.

Diapositive 8 L’Espagne est un autre pays importateur de pétrole, avec des problèmes quand les prix du pétrole sont élevés 2016 : la consommation d’énergie totale a baissé de 0,2% millions de tonnes équiv. pétrole Espagne : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 8

L’évolution de l’Espagne est semblable à celle de la Grèce. Au milieu des années 2000, les prix élevés du pétrole ont rendu l’Espagne moins compétitive sur les marchés mondiaux, entraînant une diminution des possibilités d’emploi et de sa consommation d’énergie. Depuis 2014, les prix très bas du pétrole ont permis au tourisme de rebondir. La consommation de pétrole a elle aussi rebondi un peu. Mais l’Espagne reste encore loin en dessous de son maximum historique de consommation d’énergie de 2007 (graphe principal de la diapositive 8), ce qui indique que les possibilités d’emploi et les dépenses de ses habitants sont encore faibles.

Diapositive 9 Les pays avec une consommation croissante de charbon (peu cher) ont tendance à bien s’en tirer 2016 : la consommation d’énergie totale a augmenté de 5,2% millions de tonnes équiv. pétrole Inde : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 9

On entend beaucoup parler de la croissance de la production manufacturière en Extrême-Orient. Ce qui a rendu cette croissance possible, c’est la disponibilité à la fois d’un charbon peu coûteux et d’une main-d’œuvre peu coûteuse. L’Inde est un bon exemple de pays où la production manufacturière a crû au cours de ces dernières années. La diapositive 9 montre la rapidité avec laquelle la consommation d’énergie – en particulier de charbon – a augmenté en Inde depuis l’an 2000.

Diapositive 10 La consommation d’énergie de la Chine a connu une forte croissance, mais elle stagne désormais – Problème ! 2016 : la consommation d’énergie totale a augmenté de 0,8% millions de tonnes équiv. pétrole Chine : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 10

Après qu’elle a rejoint l’Organisation mondiale du commerce en 2001, la Chine a vu sa consommation d’énergie augmenter très rapidement. En 2013, cependant, la consommation de charbon de la Chine a atteint un maximum, avant de commencer à décliner. L’une des principales raisons de ce début de déclin est le fait que le charbon peu cher à consommer et disponible à proximité avait déjà été extrait. Les graves problèmes de pollution auxquels la Chine a dû faire face du fait par la combustion de quantités massives de charbon ont également dû jouer un rôle.

On notera que les graphes que je montre (obtenus grâce au site Mazama Science) ne prennent pas en compte les énergies renouvelables (notamment l’énergie éolienne et solaire, plus l’incinération des déchets et les autres « énergies renouvelables ») utilisées pour produire de l’électricité. (Par contre, les graphes incluent l’éthanol et les autres biocarburants, comptés dans la catégorie « pétrole ».) Cependant, le fait de laisser de côté l’éolien et le solaire ne semblent pas faire une grande différence. La figure 1 montre un graphe que j’ai réalisé pour la Chine, qui compare trois totaux :

  1. Total optimiste : Totaux des données incluant l’énergie éolienne et solaire telles que les calcule BP. L’électricité éolienne et solaire intermittente est supposée équivalente à une électricité de haute qualité, disponible 24 heures sur 24, 365 jours par an, et produite par des centrales électriques brûlant des combustibles fossiles.
  2. Total probable : On suppose que l’énergie éolienne et solaire ne remplacent que le combustible dont la combustion génère de l’électricité de haute qualité. Les besoins de capacité de génération de back-up restent pratiquement inchangés. Des lignes à haute tension supplémentaires sont nécessaires, ainsi que des systèmes électriques permettant de transformer l’électricité produite par les éoliennes et les panneaux photovoltaïques en électricité de la qualité attendue par le réseau électrique. Dans ces conditions, énergies éoliennes et solaires n’apportent que 38% de ce qu’elles apportent en suivant la méthodologie de BP.
  3. Total comptabilisé : Total fourni par Mazama Science, qui laisse de côté les sources renouvelables d’électricité autres que l’hydroélectricité.
Figure 1. Consommation d’énergie en Chine, d’après le BP Statistical Review of World Energy 2017. Chine : Consommation énergétique totale Milliards de tonnes équiv. pétrole Total optimiste Total probable Total comptabilisé

Figure 1. Consommation d’énergie en Chine, d’après le BP Statistical Review of World Energy 2017.

Il ressort clairement de la figure 1 que la prise en compte de l’électricité produite par des sources renouvelables (principalement éoliennes et solaires) ne change pas grand-chose à l’approvisionnement électrique de la Chine, quelle que soit la manière dont on comptabilise l’énergie éolienne et l’énergie solaire. Dès lors qu’on les compte de manière réaliste, ces sources apportent vraiment peu à l’énergie que consomme la Chine. Ce constat se vérifie également pour le monde dans son ensemble.

Diapositive 11 La consommation de charbon qui se contracte tire à la baisse la croissance mondiale de la consommation d’énergie Monde : consommation millions de tonnes équiv. pétrole par an Données : BP Statistical Review 2016 Graphe : mazamascience.com

Diapositive 11

Si l’on cherche à savoir quelles sont les principales sources d’énergie que consomme le monde, on constate que le pétrole (agrocarburants compris) représente la source la plus importante. Ces dernières années, la consommation de pétrole semble avoir augmenté légèrement plus vite que la consommation des autres formes d’énergie, peut-être en raison du faible prix du pétrole. La consommation mondiale de charbon a, quant à elle, baissé depuis 2014. Si, historiquement, le charbon est le combustible le moins coûteux, il est probable que cette baisse soit révélatrice d’un problème. Je n’ai pas montré dans ma présentation de graphique donnant la consommation mondiale totale d’énergie, mais elle continue de croître, quoique à un rythme moins rapide que la population mondiale.

Diapositive 12 Historiquement, la croissance économique mondiale a suivi la croissance de la consommation d’énergie Croissance de la consommation énergétique mondiale et du PIB (dollars de 2010) Énergie PIB

Diapositive 12
Note : La croissance énergétique inclut tous les types d’énergie, y compris l’énergie éolienne et solaire comptabilisée selon l’approche optimiste de BP.

Les économistes ont fait croire, à tort, que la consommation d’énergie n’avait aucune importance. Certes, des pays pris isolément peuvent avoir une moindre consommation de produits énergétiques s’ils commencent à externaliser vers d’autres pays une part significative de leur industrie manufacturière, comme ils l’ont fait après la signature du Protocole de Kyoto en 1997. Mais ces délocalisations ne modifient en rien le besoin mondial d’une consommation d’énergie croissante si l’on veut faire croître l’économie mondiale. Dans la diapositive 12, la croissance de la consommation mondiale d’énergie (ligne bleue) a tendance à être légèrement plus faible que la croissance du PIB (ligne rouge), en raison des gains d’efficacité réalisés avec le temps.

Si l’on regarde attentivement la diapositive 12, on constate que les baisses de la consommation d’énergie ont tendance à précéder les baisses du PIB mondial ; et que les hausses de la consommation d’énergie ont tendance à précéder les hausses du PIB mondial. Cet ordre dans lequel se passent les choses tend à montrer que la hausse de la consommation d’énergie est une cause majeure de la croissance du PIB mondial, et non le contraire.

On ne dispose pas de très bonnes estimations du PIB mondial pour 2015 et 2016. Typiquement, les estimations récentes du PIB mondial semblent accepter sans conteste les estimations très élevées de croissance économique que publie la Chine, alors même que la croissance de la consommation d’énergie chinoise a été beaucoup plus faible entre 2014 et 2017. Il est donc possible que les taux de croissance économique mondiale soient déjà inférieurs à ce qui a été publié.

Diapositive 13 Une consommation d’énergie croissante rend possible la croissance économique Permet aux produits énergétiques de démultiplier de plus en plus le travail humain 1 litre d’essence équivaut à 130 heures de travail humain Une consommation d’énergie croissante permet donc à la productivité de croître La croissance de la consommation mondiale d’éner- gie par personne est à présent légèrem. négative Génère un manque de croissance de la productivité Conduit à ne plus pouvoir rembourser la dette avec intérêts Des économies d’échelle se produisent moins souvent À la place, les coûts fixes deviennent un problème avec la contraction de l’activité

Diapositive 13

La grande majorité des gens ne sont pas conscients de l’extrême « puissance » que fournissent les produits énergétiques. Par exemple, un être humain peut livrer un paquet en marchant et en le portant dans ses mains. Une autre approche consiste à livrer le paquet grâce à un camion, qui fonctionne par une certaine forme de pétrole. Selon une estimation, un seul litre d’essence équivaut à environ 150 heures de travail humain [en estimant à 75 watts-heures la quantité moyenne d’énergie restituable au maximum par les muscles humains en une heure, NdT].

La « consommation d’énergie par habitant » est calculée comme la consommation mondiale d’énergie divisée par la population mondiale. D’une certaine manière, si cette quantité augmente, on peut dire que l’économie augmente sa capacité à produire des biens et des services, et qu’elle devient plus riche. Les travailleurs deviennent probablement plus productifs, car l’énergie supplémentaire par habitant permet d’utiliser des machines de plus en plus nombreuses et grandes (y compris des ordinateurs) pour démultiplier le travail humain. La productivité supplémentaire permet d’augmenter les salaires.

Avec des revenus plus élevés, les travailleurs peuvent se permettre d’acheter une quantité croissante de biens et de services. Les entreprises peuvent se développer pour servir la population croissante et des clients de plus en plus riches. Les impôts peuvent augmenter, ce qui permet aux États d’apporter à la population les services dont elle souhaite bénéficier, comme par exemple les soins de santé et les retraites. Lorsque la consommation d’énergie par habitant se met à baisser – même légèrement – ces possibilités commencent à disparaître. C’est précisément le problème que nous commençons à rencontrer.

Diapositive 14 La croissance mondiale de la consommation d’énergie par personne est à présent légèrement négative Croissance (moyenne glissante sur 3 ans) Taux de croissance Prix bas !! Pic de prix du pétrole Changement d’usage du pétrole Chute de l’URSS Crise financière en Asie Grande Récession Autre récession ?

Diapositive 14
Note : Les augmentations de pourcentage d’énergie incluent toutes les sources d’énergie présentées par BP. Le vent et l’énergie solaire sont inclus en utilisant l’approche optimiste de BP pour compter les énergies renouvelables intermittentes, de sorte que les taux de croissance des dernières années sont légèrement surestimés.

Si l’on regarde les décennies passées pour voir quand la consommation mondiale d’énergie a augmenté et quand elle a chuté, on voit que la période bien documentée la plus ancienne, c’est-à-dire entre 1968 et 1972, est celle qui a enregistré la plus forte croissance annuelle de la consommation d’énergie – plus de 3% par an – à une époque où les prix du pétrole étaient inférieurs à 20 dollars le baril, c’est-à-dire un niveau très abordable. (Voir la diapositive 5 pour un historique des niveaux de prix ajustés en fonction de l’inflation.) Lorsque les prix ont fortement grimpé au cours de la période 1973–1974, une grande partie du monde est entrée en récession, et la consommation mondiale d’énergie par habitant n’a quasiment plus augmenté.

Une deuxième baisse de la consommation (et une récession) s’est produite à la fin des années 1970 et au début des années 1980, lorsque des changements faciles à adopter ont été réalisés pour réduire l’utilisation du pétrole et augmenter l’efficacité énergétique. En particulier, on peut citer :

  1. La fermeture de nombreuses centrales électriques brûlant du pétrole, et leur remplacement par d’autres formes de production électrique.
  2. Le remplacement de nombreux systèmes de chauffage domestique au fioul par des systèmes utilisant d’autres combustibles, souvent avec une meilleure efficacité.
  3. La modification de nombreux processus industriels pour les alimenter avec de l’électricité plutôt que du pétrole.
  4. La réduction de la taille et de la consommation d’énergie des véhicules.

La consommation mondiale d’énergie par habitant a connu une autre forte baisse lorsque l’Union soviétique s’est partiellement effondrée en 1991. La baisse de la consommation d’énergie a été surtout locale, ce qui a permis au reste du monde de continuer de faire croître sa consommation d’énergie.

D’une certaine manière, la crise financière asiatique en 1997 a été elle aussi une crise localisée qui a permis au reste du monde de continuer de faire croître sa consommation d’énergie.

La plupart des gens se souviennent de la Grande Récession entre 2007 et 2009, lorsque la croissance mondiale de la consommation d’énergie par habitant est brièvement devenue négative. Les données énergétiques récentes suggèrent qu’en termes de croissance de la consommation mondiale d’énergie par habitant, nous sommes aujourd’hui dans une situation presque aussi mauvaise qu’à l’époque.

Diapositive 15 Les disparités croissantes de revenus deviennent un problème Créer des emplois exige de l’énergie Une énergie en quantité insuffisante conduit à peu d’emplois suffisamment rémunérés Les personnes peu qualifiées sont en concurrence sur un marché du travail mondial Les salaires deviennent trop faibles pour pouvoir assumer famille et foyer Il en résulte des problèmes politiques Partis extrémistes ; les partis ne s’accordent pas Les États n’arrivent pas à percevoir assez d’impôts En cause, les travailleurs à faible salaire qui ne peuvent pas se permettre de payer assez d’impôts

Diapositive 15

Que se passe-t-il lorsque la croissance de la consommation mondiale d’énergie par habitant se met à ralentir, puis devient négative ? La diapositive 15 liste quelques-uns des problèmes qui apparaissent. On commence à rencontrer des problèmes de bas salaires, en particulier pour les personnes occupant des emplois peu qualifiés, et des problèmes politiques du type de ceux que nous avons connus récemment.

Pour partie, le problème vient du fait que les pays dont le mix de produits énergétiques est coûteux commencent à trouver que leurs biens et services ne sont plus concurrentiels sur les marchés mondiaux. La demande de biens et services dans ces pays commence alors à baisser. La Grèce et l’Espagne sont des exemples typiques de pays qui consomment beaucoup de pétrole dans leur mix énergétique. La forte hausse des prix du pétrole les a rendus moins compétitifs sur les marchés mondiaux. De leur côté, la Chine et l’Inde ont été favorisées parce que leur mix énergétique, favorisant le charbon, était moins coûteux.

Diapositive 16 Aucun prix du pétrole n’est aujourd’hui satisfaisant à la fois pour les producteurs et les consommateurs de pétrole Prix moyen mensuel du pétrole de Brent Prix du baril (dollars US) Prix Trop cher pour les consommateurs Les producteurs commencent à se plaindre de prix trop bas Prix beaucoup trop bas pour les producteurs

Diapositive 16

La diapositive 16 montre le genre de commentaires que l’on a pu entendre durant ces dernières années, à mesure que les prix variaient à la hausse à la baisse. Il devient de plus en plus manifeste qu’il n’existe plus aucun prix du pétrole qui permette de satisfaire en même temps tous les acteurs économiques. Les prix sont soit trop élevés pour les consommateurs, soit trop faibles pour les producteurs. En fait, les prix peuvent insatisfaire tout à la fois les consommateurs et les producteurs.

Sur la diapositive 16, les prix du pétrole montrent une volatilité considérable. Cette volatilité est due au fait qu’il est difficile de maintenir l’offre et la demande parfaitement équilibrée. Il y a de nombreux facteurs qui déterminent le niveau de prix nécessaire, en particulier le montant que les consommateurs peuvent se permettre de payer, et les coûts pour les producteurs. Le rebond des prix à la hausse et à la baisse que montre la diapositive 16 est dans une large mesure une réponse aux variations de taux d’intérêt, et aux variations que cela induit sur les valeurs relatives des devises et sur la croissance de la dette.

Nous atteignons à présent un seuil où plus aucun taux d’intérêt ne satisfait l’ensemble des acteurs économiques. Si les taux d’intérêt sont bas, les plans de retraite par capitalisation ne peuvent pas respecter leurs engagements. Si les taux d’intérêt sont élevés, les échéances mensuelles de remboursement des logements et des voitures deviennent inabordables pour les gens. De plus, des taux d’intérêt élevés ont tendance à augmenter les niveaux d’imposition que doivent fixer les États.

Diapositive 17 Ensemble, nos multiples problèmes peuvent conduire à un effondrement Un pétrole à $45 le baril est beaucoup trop bas pour les producteurs de pétrole Conduira à un effondrement des pays exportateurs de pétrole Les producteurs ont besoin d’un pétrole au-dessus de $100 le baril Beaucoup trop cher pour les pays importateurs de pétrole comme la Grèce ou l’Espagne La consommation d’énergie qui ralentit en Chine rendra plus difficile le remboursement de la dette avec intérêts Espagne, Italie, Grèce ont toutes le même problème Risque de risque à d’énormes défauts de crédit Banques en faillite

Diapositive 17

La réalité de tous ces problèmes est déjà évidente.

Diapositive 18 Échéance d’un effondrement : probablement proche De nombreuses choses peuvent mal tourner Développement, arrivée au pouvoir de partis politiques radicaux Si les prix du pétrole restent bas, les pays exportateurs de pétrole s’effondrent Si les prix du pétrole augmentent, les pays importateurs de pétrole s’effondrent Les structures de plus haut niveau, comme l’Union européenne, pourraient s’écrouler Multiplication des défauts de crédit La                     de l’énergie est ce qui permet la                     économique croissance croissance Tous ces problèmes viennent d’une croissance inadaptée de la                              d’énergie consommation Échéance : potentiellement dans les mois qui viennent

Diapositive 18

Le faible niveau de croissance de la consommation d’énergie est très préoccupant. Il faut s’attendre à ce que ce soit cette faible croissance de la consommation d’énergie qui soit la cause d’une faible croissance des salaires dans le monde entier, en particulier pour les travailleurs peu qualifiés. Notre économie a besoin d’une croissance plus rapide de la consommation d’énergie pour pouvoir à la fois générer assez de recettes fiscales pour financer tous nos États et nos organisations intergouvernementales, et maintenir une croissance de l’économie mondiale suffisante pour pouvoir éviter des défauts de crédit majeurs.

Diapositive 19 Le niveaux non abordable des prix représente une bonne part de notre problème énergétique Trop de gens ont un travail mal payé, ou pas de travail du tout À nouveau le problème des disparités de revenus Ces gens ne peuvent pas se permettre d’acheter des biens consommant de l’énergie (logements, voitures...) Pétrole, charbon, gaz naturel sont disponibles en grande quantité, à condition que les consommateurs puissent se permettre de payer les prix élevés dont ont besoin les producteurs Le niveau abordable de prix est le problème-clé Ni les économistes, ni les avocats du pic pétrolier ne comprennent les problèmes véritables !

Diapositive 19

Cela fait très longtemps que les économistes multiplient les confusions en considérant que les prix de l’énergie peuvent et vont, hors inflation, augmenter de manière arbitrairement élevée – du genre, 300 dollars le baril pour le pétrole. Si de tels prix étaient réellement possibles, on pourrait extraire tout le pétrole que nos capacités techniques permettraient d’extraire. Les énergies renouvelables très coûteuses deviendraient également réalisables de manière rentable.

En fait, le caractère abordable ou non est la question-clé. Lorsque l’économie mondiale est stimulée par une plus grande dette, seule une petite partie de cette dette supplémentaire revient aux salaires des travailleurs peu qualifiés. Avec une concurrence mondiale accrue sur les salaires, les salaires de ces travailleurs ont tendance à rester faibles. La demande limitée de ces travailleurs a donc tendance à empêcher les prix des matières premières, en particulier du pétrole, de monter très haut sur de longues périodes de temps.

C’est le caractère abordable ou non des biens et services qui limite notre capacité à faire croître sans fin l’économie. Certains pourraient avancer qu’avec plus de dette dans un pays particulier, il devrait être possible d’y provoquer une hausse des salaires des travailleurs peu qualifiés, mais si un pays augmente sa dette, il faut s’attendre à ce que la valeur relative de sa devise par rapport à d’autres devises dans le monde varie pour compenser. De ce fait, le surcroît de dette n’offrirait aucun avantage réel, sauf à ce que tous les pays choisissent d’augmenter leur dette. Mais même dans un tel cas, on peut douter des bénéfices que cela apporterait, car tout l’effort consiste à faire augmenter les prix du pétrole et des autres matières premières jusqu’à un niveau qui satisfasse les producteurs. Or on a vu précédemment qu’il n’existait plus de niveau de prix capable de satisfaire à la fois les producteurs et les consommateurs.

Diapositive 20 Symptômes probables d’un effondrement Des États sans réaction parce que les partis politiques ne s’accordent pas Ils finissent par ne plus pouvoir percevoir assez d’impôts Les structures politiques supérieures perdent leur pouvoir Elles pourraient disparaître, comme pour l’URSS Impossibilité de rembourser la dette avec intérêts Banques en faillite Systèmes de retraite en faillite Les États finissent par renoncer à renflouer banques et systèmes de retraite en faillite, ou font eux-mêmes faillite Commerce international qui chute

Diapositive 20

Ces symptômes semblent déjà commencer à se produire.


Remarque :

1 Cette présentation diffère un peu de l’original. Les diapositives présentées ici sont entièrement en français, alors que la présentation originelle incluait plusieurs graphes en espagnol du Energy Export Data Browser fourni par Mazama Science. Cette base de données permet à n’importe qui de préparer rapidement des graphes énergétiques pour n’importe quel pays, dans un choix de sept langues. J’encourage vivement le lecteur à regarder les chiffres pour son propre pays, dans sa langue préférée.

Dans cet article, j’ai aussi inclus plus d’informations que ce que j’ai présenté au cours de mon exposé. J’ai enfin ajouté les diapositives 13 et 14, ainsi que la figure 1.